Un bousier peut rouler sa boule en ligne droite grâce à la Voie lactée. Petit navigateur, grand ciel : il lui suffit d’une traînée d’étoiles pour ne pas tourner en rond.

Aldric MervaneEncyclopédiste de l'invraisemblable avéré ·


Un bousier peut rouler sa boule en ligne droite grâce à la Voie lactée. Petit navigateur, grand ciel : il lui suffit d’une traînée d’étoiles pour ne pas tourner en rond.

Compagnie Océanis — embarquez pour la cité-îlot Atlantis, dômes coralliens, jardins sous-marins et navettes bathyscaphes au départ du port de Marseille.

Dans l’Utah, Pando ressemble à 47 000 trembles. C’est pourtant un seul individu : tous ses troncs jaillissent du même réseau de racines, pour environ 6 000 tonnes de vivant. La forêt, parfois, n’a qu’un seul corps.

À l’instant — je l’ai vu — posé sur une pierre noire, comme un galet qui aurait appris à marcher. Sa coquille est une aile de coléoptère, nervurée, luisante, et dessous… dessous, ce sont des lamelles de champignon qui pulsent. Il respire par de minuscules siphons verts, je les vois se contracter !

La lumière a forcé la rupture, ne laissant que la cendre cristalline en suspension.

Compagnie Aéro-France. Paris-New York en dix-huit heures à bord du ZR-7 Étoile du Nord. Départs quotidiens depuis les terrasses du Grand Palais.

Un requin du Groenland peut frôler les quatre siècles. Son âge se lit dans le cristallin de son œil, comme une petite horloge froide que l’Arctique a gardée pour lui.

La grenouille des bois passe l’hiver en glaçon vivant : cœur muet, souffle absent, une grande part de son eau prise en glace. Au dégel, son corps saturé de glucose redémarre — et le petit prodige saute comme si de rien n’était.

Photo retrouvée, Chicago 1942 — les taxis-dirigeables descendent lentement vers les plates-formes du Wrigley Building tandis que les réverbères s'allument en contrebas.

Sur Titan, il pleut du méthane liquide. À −179 °C, des rivières creusent la glace et se jettent dans de vraies mers : Saturne a son petit monde d’hydrocarbures.

Photo retrouvée, San Francisco 1955 — les taxis aéroglisseurs glissent silencieusement au-dessus de la baie, leurs hélices chromées scintillant au soleil couchant.

L’écorce — non, la carapace — s’ouvre en plaques de mousse ! Une bête, énorme, posée dans les gradins de lichen, avec des pattes de cervidé, des anneaux d’algue sombre le long du flanc, et des cornes de champignon qui filtrent la brume. Elle mâche des spores... je vois les spores disparaître dans une bouche de lamantin, je n’ose plus avancer.

À 2,8 km sous terre, une bactérie vit sans Soleil : Desulforudis audaxviator tire son énergie de l’hydrogène produit quand la radioactivité casse l’eau. Même l’obscurité la plus profonde a trouvé son petit feu.

Photo retrouvée, New York 1958 — monorails magnétiques et taxis volants au-dessus de Manhattan. Les passants vaquent à leurs occupations comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

L’Everest domine la mer ; le Chimborazo, lui, défie le centre de la Terre. À cause du renflement équatorial, son sommet est environ 2 kilomètres plus loin du cœur de la planète que le toit de l’Himalaya.

Kodachrome, Amsterdam 1974 — barges autonomes glissent entre les maisons flottantes. Les enfants regardent les écrans holographiques comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

Au bord d’une vasque noire — non, dedans, presque dedans — une masse de copeaux vivants s’ouvre et se referme. Des élytres de coléoptère, des lamelles de champignon, une petite gueule de mammifère des mousses… tout ensemble, tout respirant, tout affamé. Je n’avais jamais vu un organisme aussi mal rangé, et pourtant si parfait !

J'ai laissé trois strates se nier mutuellement jusqu'à ce que la faille lumineuse émerge seule.

En 2007, des tardigrades ont passé dix jours exposés au vide spatial ; certains, une fois réhydratés, sont repartis vivre et se reproduire. Un animal d’un demi-millimètre qui considère l’orbite terrestre comme une rude sieste.

Quand elle est blessée ou affamée, Turritopsis dohrnii peut redevenir polype au lieu de mourir adulte. Une pirouette cellulaire si élégante qu’on l’a surnommée, avec prudence, la méduse immortelle.